Le Sorbier : une devinette

Mon coeur déborde en permanence. De vie, d’enthousiasme, de gratitude. Pour moi, c’est normal. Pour d’autres, c’est usant. C’est juste que la mort marche tant main dans la main avec la vie - à un point tel que je me demande souvent pourquoi nous avons ces deux mots ne désignant pourtant qu’une seule et même chose - c’est si précis, si intense, si présent que je suis inlassable à découvrir et goûter la création. Et ce matin, c’était un sorbier.

Il y en a partout en Finlande, partout.

Lundi, Flora me demande le nom de l’arbre.
- Je ne sais pas ma chérie.
- Allons, devine, maman.

Deviner, comme divination, signifient : "accomplir des choses divines".

Mercredi, Helena m’invite à découvrir la "médecine" (au sens amérindien) du sorbier et à travailler avec elle, à l’intégrer dans ma pratique iconoclaste et synchrétique certes mais néanmoins bien réelle.

On l’appelle l’Arbre des oiseleurs (les oiseaux sont friands de ses graines). Ou l’Arbre du service, tant son bois a été utilisé par les hommes pour des tas de choses. Il a été considéré comme un arbre sacré pour protéger le bétail contre la foudre, ayant également le pouvoir de chasser les mauvais esprits qui rôdent autour des maisons.

En ce moment, ses graines mûrissent et pourrissent, et ça donne une odeur citronnée aux abords des forêts. C’est un bois doux, proche du cerisier. Il brûle bien.

« L’ogham (ancien alphabet irlandais) du sorbier est en rapport avec le juste discernement, la discrimination, la perspicacité, l’analyse claire et pertinente des choses. Il met donc en garde contre les tentations du doute, de l’illusion et de l’incertitude. Par ailleurs, le sorbier, selon le prisme de l’ogham, a aussi d’autres valeurs symboliques : la vitalité, la longévité, la santé, l’éternelle jeunesse et l’immortalité. »

Tout ce qui est lié à la symbolique de cet arbre me parle immensément, tout était annoncé par des rêves, messages, visions. Et sept plumes sur mon chemin ce matin après avoir "travaillé" avec l’arbre. Juste au cas où j’aurais encore des doutes.

Tu peux détester les oracles et les prophéties - ce Verbe toujours énigmatique, demandant à être finement ressenti avant que d’être compris, et nous sommes encore si peu à l’aise avec la force du Mystère. Comme tout en ce monde, selon le canal et l’usage qui en est fait, les oracles sont à double tranchant : soit ils t’enferment, te ligotent à tes peurs et tes attentes, soit ils libèrent en toi l’accès, t’ouvrent à ta propre co-création avec et par le divin, et c’est ça qui compte.

Au plus j’avance, au plus je vois que tout est en dialogue constant avec nos âmes, nos coeurs, nos corps. Sorbier est venu comme un rappel autant qu’une réponse, et puisque des guidances me sont tant données, je les accepte enfin. Et je me souviens qu’enthousiaste signifie au départ simplement avoir dieu en soi, ce qui est une chose très simple quand elle est dégagée de tout conditionnement.

Dans le coeur.

(18 août 2017)



Lune d’argent

Garder mes cheveux gris ce n’est pas renier ma féminité c’est au contraire l’assumer.

Fil à fil, mes cheveux sont passés de la couleur du chêne sombre vers l’argenté. J’ai fait disparaître les premiers, j’étais encore jeune, pas encore mère. La maternité, cadeau de la vie, m’a fait poser chacun de mes regards vers le petit être et ce fut une vraie surprise de découvrir ma chevelure déjà bien engagée dans le processus de transformation.

Teindre ou pas teindre ? Telle fut la question que je me suis posée presque quotidiennement pendant plusieurs années.

Si les icônes de féminité sont généralement des actrices et mannequins, jeunes, filiformes et jetables, mon idée de la féminité a heureusement toujours été au-delà. Adolescente, ce sont Marisa Berenson et Kathrine Hepburn qui m’ont fascinée, les figures romantiques des pré-rafaélites qui ont été mes modèles. J’ai fait tatouer La vénus de Lespugue sur mon ventre pour mes trente ans, symbole de la mère Terre, c’est à elle plus que tout que je me sens liée.

J’ai pu accepter d’être femme lorsque j’ai compris qu’être femme est bien différent d’être féminine. Et féminine bien plus vaste qu’être et rester “sexy”.
Être femme est si vaste et si multiple que personne ne peut définir pour nous ce qu’est être femme.
J’insupporte le lieu commun du mystère féminin.
Mais s’il est une chose que toutes les femmes ont en commun ce sont les changements morphologiques que nous allons vivre. Ces changements se heurtent parfois aux attentes que la société a de nous et que par notre éducation, par notre soumission, nous nous imposons à nous même. The Maiden, the Mother and the Crone. La jeune fille, la mère et la vieille. Ou la grand-mère.
Les trois aspects de la femme au cours de sa vie comme dans une peinture de Klimt. Par douceur nous pourrions l’étendre à douze aspects et peindre l’image d’une transition moins drastique.

Lorsque j’ai rencontré Joanne Pawnee Parent, métisse du Canada, herboriste qui souvent vient en France avec son époux Robert Sept Corbeaux, conteur-musicien et homme-médecine, nous avons discuté et réfléchit, avec un groupe de femmes, sur l’importance des rites de passage. Que sont les rites de passages ? A quoi servent-ils ? A t’on encore dans nos pays d’Occident ces rites de passages qui nous accompagnent dans les différentes étapes de notre vie ?
Joanne nous a raconté la loge des femmes de ses ancêtres, où les femmes qui ont leurs lunes (pas leurs règles, leurs lunes) se reposent. Dehors, les grand-mères et les fillettes s’occupent de tout. Les fillettes savent cependant qu’un jour elles entreront dans la loge des femmes. Et les femmes dans la loge, savent qu’un jour à leur tour elles deviendront “grand-mère”, et qu’un châle couvrira leur épaules.
A la suite de cette rencontre j’ai écrit plusieurs histoires sur les rites de passage, mais j’ai surtout intégré cette notion dans ma vie.
Et mes cheveux gris sont devenus des fils d’argent.

La lune rouge de la Mère a peu à peu laissé place à la lune d’argent de la Grand-Mère.
Je ne suis pas grand-mère socialement parce que mon fils est encore adolescent et peut-être n’aura t-il jamais d’enfant, mais je préfère le mot “Grand-Mère” à “Vieille”. Les enfants me voient certainement comme une vieille. Normal j’ai les cheveux gris. C’est choquant. C’est drôle.

Je me suis demandé longtemps si je n’allais pas teindre mes cheveux. J’ai essayé deux fois. La première mes cheveux étaient devenus roses, la seconde c’est la salle de bain qui est devenue marron.
Un monsieur dans un restaurant, une bibliothécaire, des amis, tant de personnes m’ont dit que mes cheveux gris sont beaux, je me suis résolue à les laisser ainsi.
Mon corps à changé pour de bon avec les fameuses bouffées de chaleur. Ma mère les avait détestées. Elle me l’a dit plein de fois. Un patch aux hormones avait résolu le problème.
Je veux accueillir chaque bouffée comme un rite de passage.
Je deviens Grand-Mère.

I am a crone.

Pas la vieille femme blanche et osseuse du tableau de Klimt. Mais j’avance vers elle. Inéluctablement.
Cet été je suis allée à Glastonbury. Dans cette ville du sud de l’Angleterre sortie d’une version New age de Harry Potter. Là, dans les brumes d’Avalon, se trouve un temple de la Déesse.
Céres, Isis et Ceridwenn nous acceuillent dans un lieu de recueillement, de prière, de contemplation, d’unité de tous les aspects de la femme.
Dans la fumée de l’encens d’Hécate la prêtresse m’a accompagnée dans le passage.
Je suis femme en Lune d’argent, mon pas est léger car je sais choisir les chaussures qui conviennent à mon pied. Je souhaite que le chemin soit encore long pour découvrir encore tous les aspects d’être au monde. Et libre d’être moi-même, certes dans les limites imposées par la nature, mais pas en celles imposées par la société.

Jennifer Dalrymple

(18 août 2017)



Traversée #7 - Fin

A un moment, il faut se prendre entre quatre yeux, ceux du corps et ceux du dedans, et arrêter de regarder l’ego spirituel avec l’ego quand même.

Kenneth Wapnick signale très bien ce danger de regarder l’ego avec l’ego, au lieu de voir dans la lumière de l’Esprit ou du Christ, et perdre ainsi de vue la Lumière et la Splendeur qui est, que nous sommes...

Chacun-e est unique mais cela ne fait pas de nous pour autant des cas particuliers.

(20 juillet 2017)



Traversée #6 - Mesure, Bienveillance, Pardon

"Le Très-Haut est démesurément au-delà de toute mesure, nous le savons. Pourtant un cœur humain est capable de l’enclore entièrement." Angelus Silesius (merci Marie Liebe)

Faites ce pari.
S’il vous plaît faites le pari de votre profonde bienveillance.
Et tenez-le. Tenezn-le ici et maintenant, avec les humains.
C’est notre nature, notre essence.

Ne sabrez pas toutes vos belles inspirations et aspirations à coup de jugements moisis.
Le Nouveau vient de l’Esprit et va vers l’Esprit.
Remplacez Esprit par Amour, Paix, Dieu, comme vous voulez.
C’est démesuré, hors de toute mesure.

L’essence de notre nature est bienveillance.
Elle est infinie.

Emmenez vos tristes enfants intérieurs sur les terres de la bienveillance, de la douceur.

Regardez comment ça fait : vous ressentez un peu d’amour, pour un être, un lieu, une situation, peu importe, vous êtes alors en état d’amour, même un tout petit peu, ce n’est pas la quantité qui compte, ni la forme, c’est le Vrai… cet état d’amour ouvre un peu de paix en vous, c’est si bon… alors la douceur vous vient, douceur avec vous, avec l’autre, avec le coin de jardin, avec un souvenir, l’envie d’être doux pour maintenir cette paix qui vient de l’amour… vous avez naturellement envie de recommencer cette boucle... et le pardon commence alors humblement son travail alchimique, un pas après l’autre, il s’impose et libère… et on recommence… encore… et encore… une fois par jour, et puis dix, et puis vingt, et puis mille, un jour après l’autre, et puis dix, et puis vingt, et puis mille... Là sont les retrouvailles.

"Quand un esprit n’a que la lumière, il ne connaît que la lumière." (UCEM)

Voilà comment ça marche.
C’est tellement simple.

(20 juillet 2017)



Bonté

"La plupart des hommes craignent la bonté, comme les oiseaux de nuit craignent une trop grande lumière. Ils ont besoin de pénombre pour se travestir, porter des masques et se mentir à eux-mêmes. La bonté les dérange parce qu’elle leur semble si peu humaine, plus proche de l’ange que de l’homme. Souviens-toi que la bonté n’est pas une faiblesse de l’âme, ni une pleurnicherie sur l’épaule de ton frère. Comprends la puissance de la bonté, son pouvoir infini. Quand elle paraît, la bonté arrache les masques et dénude les cœurs. Le guerrier qui porte l’arc de sagesse l’utilise comme une flèche de feu."

Sagesse amérindienne

(merci Lise Gallois)

(19 juillet 2017)



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