Traversée #4 - Tout est parfait

« Tout est parfait » est une phrase que j’ai énormément entendue. Est-elle si bien comprise ?

Quand Yeshoua entre dans une sainte colère et renverse les insupportables comptoirs des marchands du temple, il dit « non » et amène là, comme si souvent dans les Textes, une énergie de rébellion, c’est-à-dire de reprise de liberté face au faux.
C’est un « non » qui vient du OUI (comme dit si bien Rupert Spira dans cet échange).

Tout n’est pas parfait, et tout n’est pas acceptable ni à accepter.

Que je travaille en moi à l’accueil le plus vaste de ce qui m’arrive, quelle que soit ma situation, c’est oui, évidemment. Qu’un amour me porte et me guide sur le chemin de cette acceptation, dans la mesure où il ne s’agit que de témoigner d’une recherche sans résultats, c’est encore oui. Mais si une injustice se déroule sous mes yeux, je ne me dis pas : c’est parfait. Je tente quelque chose puis je travaillerai à accepter que cela soit, même si cela n’est pas parfait.

Il me semble que les dérives du religieux dans nos mémoires collectives étant une trace vive chez beaucoup d’entre nous, par peur d’un pouvoir mal utilisé nous n’osons plus affirmer quoi que ce soit de ferme, de fort et de bienveillant. Et ainsi, dans la vie du monde, ce « tout est parfait » masque souvent une impuissance masquée à affirmer notre profonde capacité transformatrice.

Car oui, en effet, si j’écoute les leurres de la séparation, je contiens peut-être tout le « mal » possible et imaginable, mais si ceci est faux, si ceci n’exerce plus en moi aucune fascination, alors à tout instant je peux choisir de nourrir la voie du Bien, chercher activement à vibrer le Bien et le Vrai, de tout mon être, parce que c’est que je suis, ce que nous sommes.

Ce choix n’est pas un libre-arbitre sympa, un truc d’image ou de confort. C’est une puissance réelle à la portée de n’importe qui, c’est la puissance du choix de vivre dans et depuis ce OUI.

Et de ce OUI naît une éthique très simple à comprendre, toute intime, qui n’a rien d’imposé par personne, aucune loi, aucun testament. C’est l’éthique de ce qui te quitte : au plus tu avances, au plus aucune morale extérieure n’a de prise sur toi, le tri se fait naturellement, tes actions et tes pensées s’alignent comme par magie, il n’y a plus de lutte, ni de jugement, ni de besoin de preuve.

D’où vient cette éthique si forte et que personne ne t’impose ? Elle vient de ta conscience de plus en plus limpide de ton alignement et de ta conscience de la façon dont tu impactes toutes tes relations, ce tissu divin, depuis l’essence de celui ou celle que tu es vraiment, de toute éternité, depuis le OUI que tu donnes.

Tu es l’unique récepteur/émetteur de toute ton expérience mais tu n’en n’es pas l’unique créateur. Tu es créé vivant à chaque seconde et en lien constant de relations, avec les autres, tous les autres, et tout le vivant qui te permet d’être vivant.

Alors la merveille, la perfection, c’est la présence à cela, la conscience que nous vivons tous ensemble d’égal à égal dans un monde où tout n’est pas parfait, où tout n’est pas acceptable, mais où tout est mystérieusement « placé » et qu’à l’intérieur de ce Mystère nous pouvons agir.