Enseignement de Pénélope

De Eva Wissenz, 8. mars 2018

 

C’est l’histoire d’une femme mutique qui aime et ne se bat pas contre le sort qui éloigne son époux, les Dieux qui décident de tout, l’usure du temps sur sa peau, la solitude de l’absence et les paillardises des remplaçants qu’on tente de la forcer à choisir.

Contrairement aux héros des épopées, elle ne fait rien.
Rien d’autre qu’élever l’enfant, maintenir son amour en refusant tout nouveau prétendant, rien d’autre que nourrir son amour et sa vie psychique en faisant et défaisant, inlassable, la même tapisserie.
Quoi qu’il arrive, quelles que soient les apparences, elle reste concentrée. C’est sa force et sa douceur.

Chaque fil de couleur a sa vibration, sa note. Chaque fil de couleur est une pensée d’amour. Sans nostalgie, sans lassitude, sans drame, elle est intacte et confiante car c’est ainsi que l’amour est.

Elle ne suit pas d’autres traces que le chemin de ses mains parmi les fils à tisser, les mouvements du métier.
Elle accepte le cadre rigide, le grand bruit des navettes qui tissent ses aimantes pensées.
Elle ne désire pas laisser de traces dans l’Histoire des batailles, des défis et des romances. Elle tisse.

Elle est la trace qu’elle est.

A la fin des années 1970, l’artiste américaine Judy Chicago a sublimé Pénélope avec son installation, The Dinner Party, réunissant dans un banquet triangulaire l’esprit d’un certain nombre de phares féminins de l’humanité.

Chaque femme y a sa nappe brodée de ses emblèmes ainsi qu’un plat honorant sa féminité.

Aujourd’hui, j’ai foi dans la puissance de cette immensité de femmes silencieuses et tranquilles qui tissent chaque jour l’amour et la paix dans leurs vies.