Une proposition spirituelle face à la pandémie

De Eva Wissenz, 3. avril 2020

 

Je n’avais pas prévu d’en reparler mais il le faut. Je reposte un texte sur « le cas » Laurent Elie Lévy car il ou eux (on ne sait pas bien si le couple est auteur ou si c’est lui seul) ont récemment mis en place une stratégie de marketing basée sur la fausse promesse qu’en suivant leur enseignement et leur exemple on peut éradiquer le virus, rien de moins. C’est tout aussi dément que dangereux.

La page FB des auteurs est maintenant fermée, et il n’y a par conséquent aucun espace de débat ni de critique constructive autour de ce texte et des idées qu’il véhicule portées, hélas, par des êtres qui prennent littéralement leurs rêves immatures pour la Réalité. C’est connu, supprimer les critiques, fermer les réseaux sociaux pour maintenir une "image" lisse et joyeuse est une stratégie de pensée unique. Il ne s’agit que de vendre un livre bien évidemment et probablement des sessions en ligne très prochainement.

Voici mot pour mot la fausse promesse faite sur le site de vente : "Nous écrivons ceci aujourd’hui parce que nous pensons qu’il suffit de quelques êtres conscients de leur pouvoir pour mettre fin à la réalité du virus. Et ceci en mettant fin, en soi, dans sa propre création, dans son quotidien, aux idées criminelles que ce virus véhicule, comme les idées que nous avons mentionnées plus haut. Il y en a bien sûr d’autres, et c’est à vous de les laisser partir si elles ne vous mettent plus en joie."

La promesse est reformulée plusieurs fois avec une proposition de méthode, pardon de cheminement, pour y parvenir : « En ayant dit "oui" à cette pétition il y a quelques jours, vous avez pris et créé un nouveau tunnel. Et comme on vient de le voir, vous non plus n’avez pas le même passé. Vous êtes dans un nouveau Bloc. Vous êtes un nouveau vous, avec un nouveau passé, celui de votre nouveau choix. »

La démonstration est à lire sur le site de vente en 4 textes dont l’argumentation se résume à ceci :
- prend le temps de « faire la pause » et de regarder tous tes inconforts et toutes tes angoisses du quotidien, y compris celles liées au virus
- regarde que tout ceci est le résultat de choix et de croyances, que tout ceci est « mou »
- choisi autre chose, choisi ta joie, et le virus disparaîtra
Tra la la.

Chacun-e fait ce qu’il-elle veut dans sa salle de bain et bien évidemment que ce virus questionne la vie intérieure de tout chercheur, on est d’accord. Mais utiliser les angoisses actuelles pour vendre un nouveau livre sorti juste avant le confinement (zut) et promettre rien moins que "la fin du virus" en se plaçant comme exemple de choix de la joie, je trouve ça très très limite.

D’autant que les choix de joie dont il est question dans l’argumentaire sont pour le moins discutables : Fanny se sentait mal dans sa voiture, elle était stressée d’être en retard, oh ben zut alors, que faire ? Choisissons la joie et le non-temps !
Ou bien : on cherchait une photo de nous pour ce site adapté à la pandémie et j’ai eu mal à l’épaule, zut, c’est forcément parce que la photo me montrait un passé de moi qui n’est plus mon passé parce que ce gars n’est pas moi…

« J’ai fait le rapprochement entre ces deux événements... pour me rendre compte qu’en recontactant l’énergie du site et de cette photo, et en choisissant de mettre cette photo-là, comme si ce Laurent était mon passé, je ne reconnaissais pas que je ne suis pas du tout le même, et que je n’ai pas eu le même passé. Mais en choisissant d’avoir eu ce passé-là, j’ai manifesté le monde et le corps de ce gars-là. A l’instant où j’ai reconnu ce que je faisais, et que j’ai symboliquement retiré cette photo du nouveau site, le mal d’épaule est "parti", avec son monde, son Laurent et son bloc. »

Je mets la capture d’écran parce que c’est tellement dément. Et si on poursuit la joix, les vidéos en ligne appartiennent également au passé d’un gars qui n’existe plus, non ? Ben non, parce que les vidéos ont beaucoup de vues et ne donnent pas mal à l’épaule. Suis-je bête.

C’est indigne des dons reçus de présenter cela comme un enseignement, un exemple à suivre, une voie spirituelle, la voix de la joie. Parler de joie dans un monde triste est un ticket pour une forme de sympathie, c’est l’évidence. Se comporter en agité de la joie, avec de grands sourires, des textes portés par un certain style et des traits spirituels, donne cette impression de joie, qui n’est rien en réalité. C’est dément et dangereux car la promesse faite ici est rien moins que "éradiquer le virus" en signant une pétition spirituelle pour télécharger un monde sans virus.

Oui c’est une époque chargée dans laquelle nous sommes tous vulnérables. Il nous est demandé de prendre grand soin de nous. Et du coup attention, attention aux charlatans spirituels.

Note : je me permets de renvoyer à deux textes récents ici et ainsi qu’au site de Sandrine, Les yeux grands ouverts, sur ce délicat sujet du dévoilement.