Blessure

De Hélaine Charbonnier Teljesseg, 17. février 2019

 




Tu entends ? Tout est là dans le mot et il n’est qu’à le regarder danser. Car danse Blessure en résilience. Et danse Blessure en bas résille sur le bord de la piste qui ne réclame de toi que ta bénédiction ; une bénédiction qui est justement la seule unique et merveilleuse chose que tu sois à-même de lui offrir sans l’endommager dans sa quête d’êtreté.
Oui, car Blessure est en droit d’exister avant que de disparaître en un joli tourbillon. En une révérence. Un double axel. Ou juste en reculant pas à pas, step-by-step. Elle a le droit d’avoir été et de ne plus être. Et de revenir. Et de s’éloigner. Elle a même le droit de ne pas – ou plus - avoir existé. Et de danser comme bon lui semble, sans jamais préjuger de tes capacités à la reconnaître dans sa beauté et dans la merveilleuse vivance de son témoignage.
Blessure est en quelque sorte le choix d’un accord passé. On l’a invité en ne la laissant pas partir quand elle est arrivée. On a souffert avec elle. On a aimé le faire. On s’y est attaché. On l’a aimé. Entends-tu cette merveille. On l’a mise en avant pour justifier d’autres choix. Ceux que nous allions faire. Ceux que nous avions fait déjà.
Tout est choix. Tout est choix. Tout échoie…Tout arrive ! Tout advient par l’effet de la loi. Mais nous avons échoué et nous échouons encore le plus souvent à nous en convaincre et Blessure est là pour nous le rappeler.

— Tu m’as choisie dit-elle. Regarde comme je suis belle. Vois comme j’ai plaisir encore et encore à danser. À faire tournoyer ma robe rouge et sanglante en corolle. Et cela à seule fin de me dire. Mais que dis-je vraiment ? Juste « Bless ». Juste ce verbe anglais cinglant de douceur et de vérité. Et que nous n’appellerons jamais que ce que nous sommes. Et que je ne suis rien d’autre que cette bénédiction.
Oh quelle beauté que cette blessure qui jamais ne parle que d’aimer ! Quelle beauté que cette déchirure ; que cet amour à-vif qui ne veut pas cicatriser.

Extrait de Carnet de Bal.

Merci à Lor Ellaime pour cette merveilleuse photographie de pavot !